Ils sont parmi les premiers à s'être lancé dans l'aventure des espaces publics numériques citoyens et multiplient aujourd'hui encore les initiatives, dont le projet citoyenneté-démocratie à Yvoir ou l'encyclopédie territoriale à Huy.

 

Damien Maillard est responsable de l’informatique de la commune d’Yvoir et de son Espace Public Numérique. Il en assure l’animation en collaboration avec Veronica Casa. « On fait partie », explique Damien Mailliard », de la première vague de 2005. » La commune compte deux espaces. L’un se trouve dans le centre du village d’Yvoir, l’autre se situe au sein de la bibliothèque de Godinne. « Nous fonctionnons sur base de cycles de formation de 6 mois, grosso modo de janvier à juin et de septembre à décembre, avec un public composé essentiellement de seniors. Il s’agit de formations de base, qui pourront être complétées en fonction des demandes par des ateliers d’approfondissement sur les réseaux sociaux, la manipulation de photos ou des fonctions bureautiques avancées. »

 

Douche froide
L’EPN d’Yvoir participe également à des partenariats originaux. L’un débouchera sur «Douche froide », un court métrage réalisée en 2010 par Benoît Mariage. Ce film de 28 minutes est le résultat du projet « les Jeunes passeurs d’images citoyennes » conduit en 2009 par l’ASBL le Centre Permanent pour la Citoyenneté et la Participation en collaboration avec le CPAS, le centre de réfugié de la Croix Rouge, la Maison des Jeunes et l’EPN communal d’Yvoir. Une cinquantaine de participants amateurs (demandeurs d’asiles et jeunes d’Yvoir) vont travailler durant une année à la constitution du film : ateliers d’écriture, sons et techniques de l’image. Le tournage aura lieu en avril 2010. Douche froide, c’est l’histoire d’une jeune africaine confrontée aux mêmes difficultés que de nombreux demandeurs d’asile. Au centre d’accueil pour réfugiés d’Yvoir, arrive Marie-Blanche, une jeune camerounaise en situation illégale. Par le hasard des rencontres, elle fera la connaissance de trois résidents d’un camping en quête d’emploi. Il s’ensuivra une succession d’événements qui feront chambouler son destin et interroger plus d’un au sein de la commune bucolique d’Yvoir. « L’objectif de ce projet soutenu par Fondation Roi Baudouin était de favoriser le tissage de liens entre les habitants de la commune, les demandeurs d’asile du centre de la Croix-Rouge et les habitants du parc résidentiel «  La Gayolle ».

 

De Parlement en Parlement
Le projet citoyenneté-démocratie mis sur pied par le Plan d’Habitat Permanent et l’EPN s’adresse lui aussi aux résidents de la Gayolle. Veronica Casa, animatrice : « Il s’agit d’une formation destinée aux enfants organisée en collaboration avec Anne-Pascale Leboutte de l’Antenne sociale pour le plan Habitat Permanent. Elle a pour but de faire découvrir les 4 niveaux de pouvoir en Belgique. Anne-pascale s’est occupée de la communication avec les familles. Moi, je me suis plus penchée avec l’aide d’un stagiaire sur la formation proprement dite. Nous avons mis au point un atelier ludique où finalement, l’informatique est plus un prétexte à un projet citoyen. » C’est ainsi que le groupe d’enfants s’est réuni à quatre reprises à l’EPN d’Yvoir pour une session de préparation de 4 visites : recherche Internet sur les principes et le fonctionnement de la démocratie, rôle des élus à chaque niveau de pouvoir, etc. « Nous nous sommes rendus à l’administration communale d’Yvoir, nous avons visité les Parlements Wallon et Fédéral pour conclure avec la découverte du Parlement européen. » L’essai va être transformé à la rentrée. « Nous préparons, toujours dans le cadre du Plan Habitat Permanent, un projet du même type portant sur l’environnement. »

 

Encyclopédie territoriale

Voici deux ans que l’EPN de Huy réfléchit avec le Centre Culturel de l’arrondissement de Huy à un projet d’encyclopédie territoriale. Ainsi est né ce 1er octobre WikiHuy, où quand l’écriture relie citoyens, journaux de quartiers, associations, artistes, bibliothécaires et enseignants.

Michel Jadot Coordinateur EPN & Animateur Multimédia  : « C’est une première en Région wallonne. En association avec le Centre Culturel, on a commencé par former les associations de la région hutoise à la création d’un site Internet. Et puis on s’est dit que ce serait chouette de mettre en place un outil participatif et collaboratif. Dans un premier temps, nous avons testé le blogue multimédia mis en place par la commune de Brest dans le cadre d’un projet européen. Mais la plate-forme était fermée et difficile à adapter. Nous avons alors opté pour une plate-forme identique à celle utilisée dans le cadre de Wiki Brest. Elle est basée sur MediaWiki, un logiciel open source. Nous avons présenté le projet aux 18 permanents culturels. Tous ont été emballés. Puis on a élargi aux bibliothèques, à l’IPEPS et à Latitude 50 pour constituer un comité de suivi qui se réunit chaque mois. C’est en son sein qu’a été établie la charte d’utilisation de notre encyclopédie territoriale. »

 

Wikicafés
Le rôle de l’EPN dans Wikihuy ? « Un rôle de maintenance technique et de formation à l’écriture dans le Wiki, chez nous et en mode décentralisé. Avec les EPN de Wanze et de Marchin qui sont également partie prenante, nous lançons par ailleurs les wikicafés. Ce sont des réunions informelles où les citoyens intéressés par la valorisation d’un projet ou d’un quartier peuvent se retrouver. Par exemple, on peut songer à une page rédigée à partir d’une série de cartes postales anciennes. Il s’agit d’ajouter une plus value, une participation citoyenne dans une commune autour d’un projet commun. Autre exemple : notre club informatique Senior, le Cyber Dede va visiter une fromagerie régionale et travailler à une page tournant autour de la fabrication de notre fameux Saint Mengold. »

 

Mémoire collective

La fonction de ce Wiki ? « Elle est double. Il s’agit de réunir et de partager toute la richesse de notre patrimoine régional sur les plans culturel et associatif, de constituer un support à la mémoire collective de notre région, et de favoriser les échanges de savoir à son échelle. Sur le modèle de l’encyclopédie en ligne Wikipédia, le but est d’offrir à tous les publics des ressources documentaires sur le territoire. Il s’agit de créer un outil privilégié de communication à même de favoriser la diffusion des connaissances et de valoriser l’image de la région de Huy auprès de ses habitants et des extérieurs, mais aussi de fédérer les professionnels (archives, bibliothèques, services d’animation du patrimoine, communauté éducative…), les associatifs et les particuliers (qui seront invités à participer activement à l’écriture dans WikiHuy) autour d’un projet collaboratif et démocratique. »

 

Répertoire associatif et agenda artistique
Le WikiHuy constitue aussi un répertoire associatif et artistique évolutif, dont l’intérêt sera lié à l’acuité des mises à jour et à l’exhaustivité de son agenda. Chaque association, chaque artiste aura l’occasion d’actualiser régulièrement sa page. Les pages de notre Wiki territorial permettent aux associations et institutions de relater leurs activités et de présenter toutes les richesses culturelles de la région hutoise sous forme de textes, de photos, videos et enregistrement sonores. »

 

Carto-ballade

C’est l’une des applications en vogue du moment. Elle permet elle aussi de s’approprier de façon collective une rue, un quartier, une commune en jouant sur le cocktail nature et TIC. C’est la carto-partie où comment valoriser son territoire avec les outils numériques. Nathalie Caclard et Louis-Julien de la Bouëre en ont animé une le mois passé dans l’espace Technofutur, à destination des animateurs multimédias et du secteur associatif. La formation se déroule sur une journée. Nathalie Caclard : « Nous débutons par une prise en main d’OpenStreetMap. OSM est un projet collaboratif créé en 2004 dans le but de créer une carte libre du monde. Les citoyens peuvent ainsi cartographier une zone, un espace précis et le documenter par des photos géolocalisées, des annotations et des enregistrements GPS. Sur le plan technique, on va aussi découvrir comme récupérer les points GPS et les photos prises par le smartphone pour les injecter dans la base de données cartographique. Pour les participants qui n’ont pas ce type d’appareil, on va travailler à partir de plans papier vierges imprimés sur lesquels on notera les informations au fur et à mesure de la ballade. »

Carto-ballade
« Une fois la partie technique terminée, les participants se sont scindés en 4 sous-groupes pour une pêche aux données qui permet de découvrir d’une autre façon le paysage urbain. La collecte terminée, nous avons réintégré les locaux de Technofutur pour encoder toutes les informations dans la base de données OSM et échanger sur les possibilités et les suites à donner à cette très chouette expérience. » La carto-ballade a ouvert l’appétit à plus d’un participant. « Attention au virus, une fois que l’on est mordu, on a tendance à tout vouloir rentrer dans OpenStreetMap. On veut en faire profiter tout le monde, mettre en évidence un monument, un arbre, un lieu remarquable. Il s’agit vraiment d’une expérience de formation rafraîchissante, qui permet de sortir des murs pour aller à la découverte de l’histoire d’un lieu. »

Trait d’union entre le numérique, le citoyen et le territoire
Nathalie Caclard : « C’est un beau trait d’union entre les outils numériques, le territoire et le citoyen. Il y a pas mal de déclinaisons possibles pour les EPN qui vont pouvoir multiplier les propositions et les thématiques de carto-ballade en fonction des publics. On peut imaginer aller plus loin avec des outils de visualisation qui permettent aux citoyens d’évoquer des anecdotes, de se raconter. La collecte de données peut se traduire sous différentes formes, des photos mais aussi de petites capsules sonores ou vidéo. Mais on peut tout simplement échanger autour de l’histoire d’un quartier ou d’une rue, se promener ensemble autour d’un projet de découverte et de repérage pour se retrouver ensuite dans un lieu d’accès public au numérique pour enrichir la carte OpenStreetMap. »

De nouvelles formes d’animation
« La carto-partie permet aussi d’imaginer de nouveaux partenariats -avec l’office du tourisme ou les services du patrimoine par exemple- et de nouvelles animations autour d’événements comme une fête de quartier ou un parcours d’artiste. La limite est l’imagination »

 

 

Cet article est également disponible en ligne sur : http://www.epn-ressources.be/