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Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les élus, vous allez intégrer les hémicycles de nos entités fédérées pour les uns, de l'Europe pour les autres ; félicitations !
Les citoyens vous font confiance. Ils vous disent " représentez-nous, travaillez pour nous, afin que nous puissions vivre dans le monde que nous désirons, pour nous aujourd'hui et demain pour nos enfants ".

Je ne vous apprends sans doute rien en vous disant que la confiance qu'ils vous accordent est toute relative, fragile et que la mériter est un travail de tous les instants, bien plus important et difficile que d'aller faire les marchés et les kermesses aux boudins. Quelques-uns parmi ces électeurs sont venus dans des associations d'éducation permanente, dont le CESEP. Nous avons travaillé avec eux ce " qu'être un citoyen veut dire ", pour comprendre d'une part et pour agir d'autre part. Qu'ils soient travailleurs du secteur associatif ou demandeurs d'emploi, ils ont un carquois bien rempli de flèches à décocher aux politiques. Notre rôle n'est pas de les pacifier, de leur dire " mais non, tout va bien, regarder comme c'est bien pire ailleurs ". Nous sommes là pour leur apprendre à tirer juste. Regarder, analyser, viser, décocher la flèche si nécessaire et toucher uniquement celui qui doit l'être. Je vous jure que ce n'est pas simple de les calmer, de leur apprendre à se mesurer, à ne pas trembler, à ne pas tirer sur tout ce qui bouge. La faute à quoi ? A l'ignorance ? Bien sûr et notre métier est de lui tordre le coup, nous sommes armés pour cela. A l'ambiance dominante ? Aussi, le poujadisme est assez tendance. La faute à qui ? A certains politiques notamment qui je l'espère ne sont plus parmi vous, qui jouent les Pénélope en défaisant la nuit ce que nous construisons le jour.
" Les hommes politiques, Monsieur, ils sont tous trop payés, vous avez vu leur salaire ". On ouvre la caisse à outils et on travaille sur la notion de salaires, sur l'importance de votre rôle dans une démocratie, sur le fait que payer " bien " un homme politique ouvre la fonction à tous et pas aux seuls nantis si on ne les payait pas ou trop peu. Nous insistons encore sur le fait que cela permet d'avoir des élus de qualité et puis, votre coût, en part relative, n'est pas énorme comparativement au budget de l'Etat. On arrive alors, à force de patience, par bon nombre d'exemples probants, à faire comprendre que les salaires des hommes politiques ne sont pas " trop " élevés. Merci qu'on dit ! Parce que ce n'est pas simple d'expliquer cela à un demandeur d'emploi isolé dont les indemnités sont inférieures au seuil de pauvreté. Et bardaf, la terre tremble dans cette belle région de Charleroi. Tout ce que nous avons difficilement construit s'écroule. On reprend sa caisse à outils et on recommence. " Oui mais, Monsieur, les hommes politiques, ils devraient payer plus d'impôts que les autres ". Damned, voilà autre chose. Vite, dans la caisse, j'ai quoi là dans le fond ? " Pensez-vous vraiment qu'une personne que vous mandatez pour vous représenter doive payer plus d'impôts que vous-même ? ". Et on reconstruit, brique par brique. Et repaf, un Jean-de-la-lune " oublie " de rentrer quelques déclarations fiscales. Pffff, ça commence à bien faire. On nous paie pour préparer les gens à être des citoyens et on passe plus de temps à réparer des " gaffes " du genre. C'est reparti, la caisse à outils n'est pas loin, dans ces conditions, il vaut mieux la garder à portée de main. Et cela marche, on reconstruit, on est bon quand même ! " Les politiciens, Monsieur, tous des cumulards ". C'est vrai pour certains les gars mais il vaut mieux un homme ou une femme de valeur qui occupe deux postes plutôt qu'un bon et un mauvais. " Ouais mais, il faudrait qu'ils travaillent un peu les politiciens, ils sont peu présents dans les assemblées ". Là, je dois dire que je manque un peu de matériel et je suis mal pris. Avecles demandeurs d'emploi, mon problème est le suivant : vous nous avez collé l'Etat social actif sur le dos. Les chômeurs qui viennent se former chez nous doivent être présents, sous peine de sanctions, alors qu'ils gagnent des clopinettes quand vous pouvez vous absenter sans trop de soucis pour des salaires bien plus confortables. C'est difficile dans ces conditions de leur inculquer cette " culture de l'effort et du mérite " que certains d'entre vous prônent tous les jours. Avec les travailleurs du secteur associatif, vous comprendrez que je peux difficilement défendre des gens qui cumulent en étant correctement payés alors que nos commissions paritaires sont loin d'offrir les salaires les plus alléchants. Soit ! On peux aussi acter vos carences et malgré tout faire la part des choses et reconstruire à chaque fois ce qui a été détruit. C'est à ce moment que les médias tournent en boucle " la Californie " et bings, c'est de nouveau tout cassé !
Je suppose que certains parmi vous ont quelques notions de techniques de construction. Pourriez-vous expliquer à vos collègues que des briques de réemploi, à la longue, cela ne vaut plus rien. On reconstruit mais c'est toujours un peu plus rafistolé et un peu moins solide. Si certains parmi vous prennent le risque de briser leur carrière et leur image, ce n'est pas notre problème. Par contre, à chaque connerie, ils délégitiment la démocratie et cela, sérieusement, c'est le problème de tous.
Nous avons, vous et nous, une très grande chance. L'extrême droite francophone est particulièrement divisée, discrète, aphone. Elle doit sans doute ses échecs électoraux à son absence de leader charismatique et à sa désorganisation. Le populisme ne fait pas plus recette chez les francophones mais pour combien de temps encore ? Les scandales à répétitions devraient donner des ailes à de tels partis. Il est donc plus que temps de changer les mauvaises habitudes. Vous êtes de tendances différentes, vous avez des idées contrastées parfois mais vous avez tous, oserais-je l'affirmer, le plus profond respect pour la démocratie. Vos actes quotidiens doivent donc correspondre à vos idées. Vous êtes condamnés à être des exemples irréprochables.
Allez, je vais vous donner quelques petits conseils pour que cette législature se passe bien et pour que l'on puisse, de notre côté, utiliser d'autres boîtes à outils, cela nous changerait. Si vous avez besoin d'une chaudière, souvenez-vous que vous avez voté des décrets et des ordonnances qui subsidient généreusement leur installation. Un petit tour sur le site du SPF finance vous apprendra également que vous pouvez bénéficier d'une déduction fiscale.
La carte VISA vous brule les doigts ? Deux solutions. Soit vous avez un conjoint comme mon épouse : une dépense ! Au rapport ! Pire que toute une armée de réviseurs. L'autre solution : pas de carte VISA. C'est un truc de demandeurs d'emploi, ils ont beaucoup à nous apprendre ! Vous oubliez tout, même vos déclarations fiscales. Admettons ! Notez-le dès à présent dans votre agenda, dans votre gestionnaire de mails, dans votre GSM et vous verrez que cela ne vous arrivera plus.
Vous n'avez pas trop envie d'aller au boulot ! C'est pas bien cela.  Souvenez vous que c'est nous qui vous avons donné ce boulot et que c'est nous aussi qui vous payons. Si cela ne vous motive pas plus, rappelez-vous de cette campagne électorale durant laquelle vous avez couru de tous côtés justement pour avoir ce boulot. Ce serait un grand paradoxe de le prendre maintenant par dessus la jambe.
Une soudaine envie d'escapade professionnelle. Pourquoi pas ? Les voyages forment la jeunesse et nous apprennent plein de bonnes choses. Vous reviendrez avec des tas de beaux souvenirs pleins les yeux, de belles anecdotes à raconter et un paquet de bonnes idées pour votre région en partant entre confrères, le Guide du Routard sous le bras et les genoux serrés en classe touriste. Si vous ne savez où aller, j'ai entendu dire que la Scandinavie valait vraiment la peine (pas les fjords norvégiens, cela, c'est durant les vacances). Demandez-leur de ma part s'il est courant dans ces pays de ne pas siéger là où on est élu. Ce serait chouette de régler cela pour les prochaines élections. A dans 4 ans.