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Philippon Toussaint est directeur de l'asbl Dynamo, un service d'aide aux jeunes en milieu ouvert.

 

Pour commencer notre entretien, pouvez-vous décrire vos activités ?

Nous sommes un service d'aide aux jeunes en difficulté. Nous rencontrons les jeunes par le biais d'activités collectives ou de loisirs.

Parmi ces activités, il y a le sport. Pouvez-vous nous en parler ?

Quand nous réalisons des activités sportives, nous ne les réalisons pas de manière aussi approfondie qu'un club sportif. C'est plutôt l'occasion d'une rencontre, c'est aussi la possibilité de nous présenter, de dire aux jeunes que nous sommes des travailleurs sociaux, avec tout ce que cela comporte : compétences, temps disponible, secret professionnel.

Parmi ces activités, il y a une qu'on maintient depuis 25 ans (on existe depuis 25 ans) : c'est le foot. Parce que l'attirance pour le foot de la part des jeunes garçons ne change pas. Beaucoup de gens nous disent : pourquoi le foot? C'est aux jeunes qu'il faudrait demander : Pourquoi le foot ?
Nous, faire du foot, ça ne nous gêne pas. Le foot est un vecteur de tout un tas de valeurs et de contre-valeurs.
Les valeurs, on les connaît. Les contre valeurs, c'est tout ce que le sport de haut niveau, le sport spectacle véhicule: le fait que les footballeurs soient des mercenaires, travaillant pour le plus offrant. Le fait que faire une faute est un acte professionnel.

Certains critiquent parfois ce genre d'activité en disant que c'est juste une manière de garder les jeunes quelque part.

On sent cette inquiétude chez des responsables politiques locaux, ils sont très préoccupés parce que les jeunes sont dans la rue à ne rien faire. Enfin, disent-ils à ne rien faire ! En fait, ils sont entre-eux, ils sont entre copains. Etre dans la rue, ce n'est pas " ne rien faire ".
Moi, ça ne me dérange pas tant qu'on propose une activité de qualité. Quand on dit aux jeunes " on va aller à Waliby ", ça m'embête bien plus. Parce que là c'est une activité que je ne trouve pas très enrichissante. C'est amusant, mais ce n'est ni enrichissant, ni valorisant.
Je crois que les activités sportives sont vectrices de plus de valeurs.

Quand jugez-vous qu'une activité est réussie ?

Quand on a eu un bon contact avec les jeunes. J'entends d'abord un contact vrai. Ça ne veut pas dire un contact qui se passe bien. Parfois, c'est une engueulade, des contestations. Mais c'est ce que construit le vécu commun.
Après l'activité, quand on se retrouve dans la rue, on nous dit: " Tiens, l'autre fois, on s'est bien engueulé "ou " on s'est bien amusé " ou bien "il n'y avait pas goal". C'est une manière d'être en relation autour de quelque chose. Du coup, le jeune voit qu'il pourra nous parler d'autre chose s'il veut.
Prenons une autre exemple : un animateur met en place une activité natation pour laquelle il se contente d'amener les jeunes en métro, de payer la piscine et de surveiller, puis de repartir. Même si 100 jeunes sont venus, qu'ils sont super contents et que les 10 qui ne savaient pas nager ont appris à nager avec les autres, je dis que : " c'est bien pour l'activité ". Mais, nous sommes passé à côté de notre objectif qui était d'être en relation avec les jeunes. C'est raté. Je préfère avoir une activité qui foire, mais où il y a une vraie relation avec les jeunes.
Mais, nous constatons qu'en général, dès que l'activité est une réussite sur le plan sportif, sur le plan du loisir, sur le plan de la performance, du dépassement de soi, cette activité renforcera aussi la relation.

Vous pensez à autre chose ?

C'est une observation spontanée de travailleur de quartier. Il y a une tendance qu'on constate, c'est que les jeunes ont tendance à être moins performants physiquement et sportivement. Ils ont tendance à s'essouffler plus vite. Ils mangent très mal, on a même mené quelques actions concrètes pour essayer d'avoir une meilleure nourriture. On propose d'autres menu que le " dürums avec des frites ".
Par exemple, quand on fait du vtt, certains jeunes n'arrivent pas à suivre.

A quoi se confrontent les jeunes qui veulent faire du sport ? Quelles sont les difficultés qu'ils rencontrent ?

Le manque des infrastructures adaptés. Après l'école, les jeunes veulent aller faire du sport, ils n'ont pas d'endroits adaptés. Du coup, ils jouent n'importe ou et cela crée des problèmes.On leur demande aussi de s'organiser, mais à douze ans, ce n'est pas très facile de s'organiser. Il y aussi d'autres facteurs. Par exemple, avec des jeunes de 16 à 18 ans on avait crée un club de mini foot qui s'était inscrit dans un championnat officiel de football en salle. Comme le groupe venait d'une maison de quartier d'Ixelles, on a demandé la priorité pour que les jeunes puissent jouer dans la salle de sport de la Commune. On nous l'a accordée mais on nous a réservé la salle le mardi soir de 22h à 23h. Or, les jeunes avaient école le lendemain...

Et qu'en est-il pour eux du sport de haut niveau ?

Parfois, on rencontre des jeunes qui ont une envie terrible de faire plus de sport. Donc, on les oriente vers des clubs. Mais c'est difficile. Dans certains clubs il y a une barrière sociale. Puis il y a l'aspect financier. Pour certains c'est vraiment un frein.
On a lancé les chèques sport. C'était une bonne idée. Mais il aurait fallu l'améliorer.Les clubs n'ont pas tous accepté de faire les démarches…etc.
Mais ce qui est choquant, c'est que ces clubs demandent de l'argent aux jeunes alors qu'ils sont subsidiés, que leurs bénévoles sont parfois sérieusement défrayés et leurs joueurs de première perçoivent des primes.

 

 

1. Auteur de :
- Abrégé d'entraînement (Ed du CREPS Aquitaine)
- Science et formation dans les activités physiques et sportives (Ed du CREPS Aquitaine)
o Participation à l'écriture :
- Mémento du BEES 1 degré. INSEP
- Actes des colloques "Rencontres du CREPS Aquitaine" (Ed CREPS Aquitaine)
o Sport de haut niveau et développement de la personne. (1988)
o La formation de l'entraîneur aujourd'hui. Entre science et technique. (1990)
o A propos du vivant : les nouveaux paradigmes et la performance. (1994)
o La conception de l'acte d'entraîner. (1998)
o Variations sur l'exercice. (2002)
o La performance : art de jouer, art de vivre. (2005)
- L'entraîneur face aux sciences (Les Conférences du CREPS de Toulouse Midi-pyrénées).
2. Entretien avec Philippon Toussaint