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Alain Devalck, quel est votre parcours, votre " carrière " dans le polar ?
J'ai toujours été un gros lecteur de polars. J'ai découvert la librairie " Canicule " qui existait déjà à Bruxelles, tenue par Patrick Moens. En 1989, ça a été repris par une ASBL " Séries B ", je faisais des permanences dans la librairie à partir de 1989. De client, je suis passé à membre de l'ASBL puis administrateur dans l'ASBL.

 

Par affinités ?
Oui, parce que le polar m'intéressait et que j'avais fini mes études. En 1994, l'ASBL n'a plus été subsidiée, on a dû arrêter les activités. J'avais du stock dans la librairie et il y avait des livres qui m'appartenaient, j'ai décidé donc de reprendre la librairie à mon compte, dès 1994, sous le nom de " Polar and Co ". En 2003, j'étais en fin de bail et j'avais l'occasion de partir. J'ai cherché plus grand à Bruxelles mais ce ne fut pas possible parce que c’était trop cher. J'ai décidé d'ouvrir à Mons, j'ai trouvé une maison que j'ai pu acheter. Depuis 2003, le magasin est ici à Mons.

 

La librairie a-t-elle trouvé rapidement sa clientèle ?
Oui, ça a pris rapidement parce que la caractéristique de Mons c'est que le bouche à oreille fonctionne très bien. Mons est petit et rayonne très fort sur les communes environnantes. Dans un rayon de 20 à 30 km je n'ai pas de concurrence du tout, j'ai des livres que personne d'autre n'a à Mons, ce qui n'était pas le cas à Bruxelles.

 

La Revue Nouvelle de 1992 faisait état du peu d'intérêt des pouvoirs publics pour la littérature policière. Qu'en pensez-vous ? Quelle est l'évolution depuis 1992 ?
Ce n'est pas spécialement le polar qui est mis de côté. Je crois que c'est la littérature en général. La promotion des lettres existe, mais c'est un milieu assez fermé où les coups de pousse se font entre amis. Je n'ai pas l'impression que le polar soit victime d'ostracisme, pas plus que la science-fiction ou le fantastique. Je ne trouve pas que le polar soit mis de côté. Il est simplement ignoré, comme tout le reste !

 

P. Moens1 disait, que ce n'est par parce qu’il n'y a pas de talent en Belgique mais parce qu'il y a un manque de moyens…
C'est clair qu'en Belgique, c'est absolument impossible d'éditer du polar ! Le problème de la Belgique est que le nombre de lecteurs est limité et la distribution est compliquée… Un éditeur belge n'est distribué qu'en Belgique. Avec 300 exemplaires, personne ne sait subvenir à ses besoins. Par ailleurs le problème d'un éditeur belge est qu'il n'est pas ou mal distribué en France.
Si un éditeur belge tire un bouquin à 8000 exemplaires pour faire une mise en place dans les librairies et supermarchés de France, il est possible qu'il ait un retour de 6000 exemplaires d'invendus. C'est un problème logistique.

Pourquoi cela a-t-il fonctionné il y a 60 ans ?
Ça c'était particulier, il y a 60 ans il y a eu la deuxième guerre mondiale et à cette époque là les livres publiés en Belgique ne pouvaient pas passer la frontière, et vice versa. Donc les livres édités en France ne pouvaient pas être vendus en Belgique. Le marché était totalement coupé. Les maisons d'édition belges ont eu 100% du marché de l'édition en Belgique. C'est totalement limité à la période de la guerre et à l'après-guerre directe. Sinon, c'est un problème plus global de l'édition en général, le nombre de lecteurs diminue d'année en année. Donc le nombre de livres vendus diminue aussi. C'est un problème plus général.

 

Quelles sont les grandes différences entre la littérature policière et la littérature classique, " blanche " ?
Le principal intérêt du roman policier c'est qu'il raconte une histoire, ce qui est rarement le cas de la littérature blanche en général. Si vous prenez ce qui marche en ce moment, la plupart des romans de littérature blanche sont totalement inintéressants ! C'est du nombrilisme, cela relève plus du journal intime que du roman. Par contre, le roman policier représente le monde actuel.

 

La Revue Nouvelle2, disait que l'on tend vers un assouplissement de la frontière entre la littérature policière et la littérature classique. D'une part, cela permet au roman policier d'être plus connu et valorisé. Mais d'autre part, il risque de perdre ses spécificités. Qu'en pensez-vous ?
Pour moi, quand je pense au roman policier, j'y pense au sens large et ça ne va pas lui faire perdre quoi que ce soit. Si je pense à des auteurs de littérature blanche qui se sont essayés au policier, ils se sont ramassés lamentablement, parce qu’il y a des codes, des références, mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi un aspect plus global, sociologique que les auteurs classiques n'ont pas forcément. Je ne vois pas de problème. Je trouve que le polar, doit être pris dans un sens plus large, plus global. Le roman policier n'est pas un roman avec un agent de police. Ce que je dis là a l'air peut-être bête mais il y a pas mal de gens qui pensent ça, même dans l'édition. Cela ne se résume pas à un agent de police ou un détective privé, c'est plus global que ça. Il y a le roman d'énigme mais il y a aussi le roman noir qui est plus social.

 

Ce sont différents genres dans le roman policier…
Oui, dans le roman policier il y a différents genres. On peut dire qu'il y a deux grandes catégories, le roman d'énigme d'un côté, donc la chambre close : Agatha Christie et John Dickson Carr et puis de l'autre côté on a plus le roman noir avec Raymond Chandler, Dashiell Hammett, si on prend les grandes références. Mais à l'intérieur de ça, il y a plein de catégories. Les anglo-saxons délimitent très fort tous les genres, ce que l'on ne fait heureusement pas en francophonie. Le polar est très large. Il n'y a pas " un " roman policier, il y en a 100 ou 1000… Daniel Pennac qui a écrit " La fée carabine ", c'est un roman policier, James Ellroy qui a écrit " Le dahlia noir " c'est aussi un roman policier mais entre ces deux romans, il n'y a pas beaucoup de points communs. Pour moi, le roman policier ça doit reposer sur une intrigue, une enquête qui doit être menée par quelqu'un avec une histoire. Je crois que ça peut se résumer à ça.

 

Les genres sont-ils liés à des périodes distinctes ?
Il y a des modes : la mode du tueur en série a démarré début des années 80 et est toujours très active, cela n'existait pas avant. Depuis une petite dizaine d'années c'est le roman policier nordique : Mankell, Larsson et compagnie, ça marche très bien. Le roman policier n'est plus vraiment américain, depuis une dizaine d'années surtout. Il y a les nordiques, il y a aussi les italiens, Andrea Camilleri, des sud-africains Deon Meyer et une nouvelle génération d'auteurs français comme Maxime Chattam ou Jean-Christophe Grangé.

 

Le polar n'est pas un genre qui passe derrière les autres, il a une vie active, il y a une demande…
Il y a une demande, une vie active et c'est un milieu qui change très fort. Il y a de très grandes différences entre un bouquin paru il y a 50 ans et un bouquin paru maintenant. Les traducteurs sont bien meilleurs qu'il y a 50 ans ! Le texte est beaucoup plus fidèle et très bien écrit. D'un autre côté, les auteurs actuels écrivent aussi mieux en général, sauf les exceptions : Raymond Chandler c'est toujours une référence. Il faut être bon et avoir quelque chose à raconter, il faut pouvoir se différencier un peu des autres. Maintenant, le polar sert à plein de choses. Quand on voit les séries télévisées, les Experts et compagnie, ils ont pompé à fond dans le roman policier, ils y trouvent leurs idées.

 

Pour vous, il y a un lien entre les deux ?
Oui ! Les gens qui regardent les Experts ne lisent pas forcément les romans policiers et vice versa mais il y a un lien, c'est clair, ne fut-ce que dans la narration. Ca s'est déjà vu 1000 fois dans le polar ! Il y a un auteur, Ed MacBain, qui a écrit une cinquantaine de bouquins qui mettent en scène le même commissariat, le " 87ème district " dans une ville imaginaire qui s'appelle Isola mais qui est apparemment New York : on suit une équipe d'inspecteurs. Les chapitres sont alternés, on passe d'une enquête à l'autre, et c'est totalement ce qu'on fait dans le polar à la télé. Quand on voit les Experts, ils sont aussi toujours quasi par deux, ils enquêtent sur deux ou trois affaires différentes et souvent les enquêtes se recoupent.
Il y a des livres davantage de " critique sociale " et d'autres, si pas réactionnaires, à " droite ". C'est une autre idéologie…
C'est toujours américain… Ils ne vont pas faire du social ! Le roman policier a toujours eu ce problème qu'il met souvent en scène des policiers, qui sont censés être très à " droite ", et ce sont souvent des gens de " gauche " qui écrivent des romans policiers. Quand on voit le flic, on voit Bruce Willis, ce n'est pas un gauchiste!

 

Pourquoi n'y a-t-il pas de maison d'édition en Belgique ?
Ce n'est pas rentable ! C'est simplement ça. Il y a quelques éditions qui ont essayé de faire du polar en Belgique mais ça ne marche pas parce que le marché est trop petit et ça ne se vend pas. La plupart des belges intéressés par le polar s'adressent directement en France. Si on prend Amélie Nothomb, elle est éditée par Albin Michel… elle n'a pas le choix.

 

Il n'y a jamais eu d’éditeurs belges de polars ?
Il y avait les éditions Quorum qui ont sorti quelques romans policiers. Ancre Rouge a essayé de faire du polar mais ils se sont ramassés, le marché est trop petit. La seule façon de faire vivre ces maisons là est de ne pas espérer gagner de l'argent ou de le faire comme mécène. Un éditeur ne peut pas vivre de l'édition en Belgique, en polar en tout cas.

 

Il y a peu de chance que cela arrive un jour, dans ces conditions…
Je ne m'avance pas beaucoup en disant qu’il n'y aura jamais de maison d'édition qui va faire du polar de façon durable. Les lecteurs sont là mais c'est le problème de la distribution, de la rentabilité, du tirage, c'est ça!

 

Quand on dit que le roman policier est un roman populaire, ça vous parle ?
Oui, il est populaire parce qu'il s'adresse à tout le monde. On en revient à ce qu'on disait avant, il y a plein de genres dans le polar. Les gens qui disent " je n'aime pas le polar ", je n'y crois pas ! Ils disent ça parce qu'ils n'ont jamais lu le polar qui pouvait leur plaire. Il y a vraiment un roman pour tout le monde. C'est populaire parce que… ça nous touche. Le type qui se lève le matin et qui cherche du boulot, ben…

 

Tout le monde peut s'y retrouver…
Que ce soit les réactionnaires ou les progressistes, pas de problème… Il y a des trucs simples et des trucs compliqués. Pierre Bellemare, c'est très facile à lire : sujet, verbe, complément, mais ça a beaucoup de succès. Comme disait Pennac :
" peu importe ce que les gens lisent, l'important c'est qu'ils lisent ". Dans le polar, tout le monde peut trouver à lire.

 

En ce sens là, cela pourrait être un bon moyen de mettre les jeunes à la lecture…
Oui, il y a de plus en plus de profs qui font lire des polars dans leurs classes. A ce niveau là, je pense que les programmes ont changé. Le problème c'est que les profs veulent faire lire de vieux textes, ce qui n'est pas forcément une bonne idée parce qu'on n’en retient plus que l'intrigue. Si on fait lire un Agatha Christie, tout le contexte social n'est plus du tout d'ac-tualité, ça ne nous parle plus du tout donc on n’en retient que l'intrigue. Mais si on fait lire un Thierry Jonquet, il y a l'intrigue et en plus il y a un côté social, quelque chose de vrai, on peut se projeter dans le livre.

 

Voyez-vous un nouvel attrait pour le polar au niveau pé-dagogique ?
Oui, je pense que c'est parce que les profs ont rajeuni, les profs qui ont 40 ou 50 ans lisent du polar. Le prof qui lit du polar va conseiller du polar plus facilement. Il y a 20, 30 ou 40 ans, la plupart des profs ne lisaient pas de polar. Je crois que c'est à ce niveau là qu'il y avait une mise à l'écart du polar en disant que c'est une littérature de genre, sous-entendu une " sous littérature ", ce qui n'est plus le cas maintenant.

 

Assistons-nous plutôt à un essor ?
Oui, il n'y a plus de honte ou de gêne à dire qu'on lit du polar. Il y a même un côté un peu snob à lire du polar.

 

C'est à la mode…
Oui, c'est cyclique. Le polar est à la mode… en fonction de l'actualité en fait. Peut-être bien que le polar a repris un peu du poil de la bête. Ca dépend aussi des articles dans la presse, ça dépend fort des journalistes. Le potentiel des lecteurs de polars n'est pas extensible à l'infini ! La plupart des lecteurs de polars sont de gros lecteurs. S’ils en lisent déjà beaucoup au départ, on ne sait pas en lire beaucoup plus, le quota est déjà atteint. Il faut élargir le public, ce n’est pas… pour beaucoup d'auteurs comme Pennac et Vautrin, leurs premiers romans sont parus en " Série noire ". Après, quand ils ont du succès, ils éliminent cet aspect là. C'est en regardant la TV qu'on se rend compte que ça marche bien parce que la plupart des séries françaises copient des séries américaines mais font du fantastico-policier, style " Mystère ", " Destinée " ou " Dolmen "… A la base il y a un peu de tout, principalement du policier mais avec une sauce américaine. Ces séries n'ont pas forcément beaucoup de succès mais elles s'inspirent totalement du roman policier. Quand on va au cinéma, les plus gros succès, c'est du polar. Sur les cent meilleures rentrées, 80 sont du polar. Le polar est partout, pas seulement dans les livres.

 

Il est né du livre ?
Pour moi, le polar au départ c'est le fait divers dans la presse. Et puis la nouvelle, et puis le roman. Maintenant c'est fort cinéma et TV.

 

Quel est le public qui passe votre porte ?
C'est tout confondu, ça va du jeune au vieux, il n’y a pas de tranche d'âge. Je ne fais pas que le policier, je fais aussi la science-fiction et le fantastique donc les données sont faussées mais sinon en policier c'est peut-être un petit peu plus de femmes que d'hommes… légèrement, peut-être 55% de femmes et 45%
d'hommes. Je pense que c'est dû à une occupation différente des loisirs.

 

Vous disiez que les habitués viennent régulièrement…
Oui, ceux qui lisent suivent très fort l'actualité. Savoir quand sort tel bouquin… Des lecteurs savent mieux que moi quand sort le bouquin. Grâce aux sites officiels des maisons d'édition. Surtout en science-fiction et en fantasy. Peut-être parce que là aussi le public est plus branché à internet. La plupart des lecteurs de polars suivent des auteurs. Ils sont amateurs d’un auteur ou de plusieurs et cherchent les nouveautés de ces auteurs là. La différence avec d'autres romans c'est que les gens qui viennent d'acheter le dernier Connelly le lisent très vite et une semaine plus tard, maximum, c'est fini. Ce qui n'est pas forcément le cas d'un Goncourt. Le Goncourt, c'est typiquement le genre de bouquin qui se vend très bien mais qui est le moins lu.

 

Finalement, la grande partie des lecteurs est une population plutôt avide de lecture. Il y a ensuite les personnes qui poussent la porte pour venir voir…
Oui, ça aussi, comme le polar est devenu plus populaire, donc comme il touche d'autres personnes, j'ai clairement des gens qui viennent ici et qui demandent conseil, je vends pas mal sur conseils. Ils demandent par exemple " un " James Ellroy. Ils me disent très clairement qu'ils ne vont pas en lire d'autres. Ils veulent simplement en lire un. Pour savoir ce que c'est et pour pouvoir dire " j'ai lu James Ellroy ". Mais au moins, les gens le lisent. Et ça, il y a vingt ou trente ans, ce n'était pas forcément le cas. Maintenant, quand il vient en France, il passe sur Canal +, il y a un côté vedettariat, qui fait que tout le monde peut le voir. Ça fait beaucoup pour le policier. Canal + a fort poussé les ventes.

 

Que recherchent les personnes qui viennent régulièrement dans la librairie ?
En général, je fonctionne comme ça, les gens me di-sent leurs trois auteurs préférés. En général les auteurs écrivent un livre par an, la mine s'épuise assez facilement. Donc ils me di-sent leurs trois auteurs et j'essaie de trouver des auteurs dans la même veine. Je vous disais, le policier est fort différent. Il y a beaucoup de gens qui rentrent ici et me demandent simplement " un bon polar ". Ca je ne peux pas leur vendre. Je dois savoir ce qu'ils ont envie de lire, ce qu'ils entendent par " un bon polar ".

 

Est-ce que les personnes restent dans le même style ou aiment - elles différents styles ?
La plupart reste dans le même style. Il n'y en a pas beaucoup qui sont éclectiques. Il y en a qui aiment simplement les bouquins " bien écrits ", peu importe l'intrigue ou les références.

 

Il y aurait donc des genres qui correspondraient à des types de personnes…
Pour moi, il n'y a pas de polar " en général ", quand je pense à " polar ", la première question c'est " quel polar " ? Parce qu’il y a plein de polars différents. Je ne lis pas que les choses que j'aime bien, malheureusement. Le polar est très riche. J'ai des clients qui me disent " j'en ai marre de lire des trucs de tueurs en série ", conseillez-moi autre chose. Il y a moyen de conseiller des livres qui ressemblent un petit peu. Ça permet de passer vers autre chose.

 

La lecture du polar est-elle liée à l'appartenance sociale ?
C'est totalement diversifié. J'ai vraiment des SDF comme clients, et des gros bourgeois aussi.
Ce qu'il y a en commun, c'est l'amour de la lecture, tout simplement, le plaisir dans la lecture.

 

Le fait que le polar se diversifie, cela n'amène-t-il pas de nouveaux publics ?
Je crois que cela contribue à l'élargissement du public, au fait qu'il sera toujours diversifié. Le polar est fort vivant. D'autres vont dire qu'il tourne en rond, moi je préfère dire qu'il est vivant. Il y a toujours des nouveaux lecteurs qui arrivent et dans tous les domaines.

 

Pour vous, quels sont les ingrédients d'un bon polar ? Qu'est-ce qui fait que " ça prend " ?
Il faut une bonne écriture, il faut une écriture qui accroche dès le départ. C'est l'ambiance, l'écriture. Oui, pour moi, la référence en roman policier, ce sont les Philip Marlowe de Raymond Chandler qui sont totalement basés sur l'ambiance. On suit toujours le même privé, Philip Marlowe, qui est totalement désabusé, qui picole un peu trop… C'est caricatural parce que ça a été exploité des millions de fois. Mais l'écriture transcende toute l'histoire, l'histoire est secondaire. Elle sert de prétexte au récit. Il y a un univers. Pour moi, il doit y avoir une petite musique dans le texte. Et la petite musique doit accrocher dès le départ.

 

Il y a des univers typiques ou chaque auteur a son univers ?
Il y a des imitateurs. Raymond Chandler a plein d'imitateurs. Maintenant moins, parce que le principe du détective privé est passé au second plan. On s'est rendu compte que c'était très américain et que le privé en Europe ne peut pas exister à la façon américaine. Maintenant, c'est plus technologique. La filature ne se fait plus avec un imperméable et un stetson au coin de la rue. C'est plus compliqué. Mais il y a des univers… On peut peut-être voir ça comme des ensembles comme à l'école, avec des intersections entre certains ensembles. Il y a " le polar " qui est très très vaste, et puis il y a plein d'ensembles dans le polar qui ne sont pas forcément connectés.

 

Pour terminer, avez-vous des conseils de lectures pour la saison à venir ?
Il y a un auteur très très bon et un bouquin dont on parle pas mal pour l'instant, et on en parlera jusque la fin de l'année certainement, c'est la série " Millenium ". L'auteur s'appelle Larsson, c'est un suédois, il a sorti trois bouquins. C'est très chouet-te. Ca se passe actuellement, c'est une construction assez éclatée. C'est le principal intérêt je crois des auteurs nordiques, c'est toujours fort social, axé sur la société, sur les travers, défauts, avantages et qualités de la société. Et franchement, la trilogie Millenium de Larsson, je vous la conseille. Malheureusement, c'est du grand format, ce n'est pas bon marché. Quand ça sortira en Poche, ce sera un best-seller, ça l'est déjà d'ailleurs. Ce sont des titres à rallonge, le premier c'est " Les hommes qui n'aimaient pas les femmes ". C'est chez Acte Sud. C'est vraiment très bon.

 

1. Intervieuw de “l’analyste” p. 2 à 6, Patrick MOENS.