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Ouvrez les yeux ! Voyez ce qui vous entoure.

Il ne faut pas longtemps pour découvrir que le monde ne tourne pas rond.

Qu'on crève de faim ici, qu'on s'empiffre là ; qu'il ne fait pas bon avoir la peau trop foncée.

Qu'on peut devenir chômeur en sortant de l'école.

Nous sommes dans un monde en crise, une crise importante, une crise qui dure.

Cette crise, c'est d'abord le fait que des hommes et des femmes de plus en plus nombreux n'acceptent plus la société dans laquelle ils vivent.

Ils refusent l'ordre qu'on veut leur imposer.

Ils n'acceptent plus les privilèges d'une minorité.

Ils rejettent les hiérarchies et les autorités qui renforcent ces privilèges et maintiennent cet ordre.

Ils dénoncent les institutions qui traduisent cet ordre dans la société.

Mais ces groupes exploités, dominés, prennent aujourd'hui conscience de leur force. Ils commencent à se battre pour plus de justice, pour plus de 
liberté.

Par leur révolte et dans leurs luttes, ils dessinent l'espoir d'une autre façon de vivre. Ils préparent un changement de société. Nous sommes de ceux-là !

Changer le monde, changer la société, améliorer la qualité de vie,

C'est d'abord s'attacher à résoudre les problèmes de notre région, de notre Brabant Wallon particulièrement malade,

Où le droit élémentaire, c.-à-d. le droit au travail n'est plus assuré.

Notre combat c'est d'abord de faire assurer ce droit au travail, c'est-à-dire la possibilité pour chacun de gagner sa vie conformément à ses goûts et ses aptitudes.

Une politique de plein emploi est donc un des fondements du sauvetage de notre région.

Changer la vie, améliorer la qualité de vie dans notre région, c'est aussi rechercher un autre type d'autorité.

C'est remettre en cause la puissance de l'argent comme base de pouvoir.

C'est s'attaquer à toute hiérarchie qui est ainsi instituée dans la vie sociale à partir d'une sévère sélection pour dégager des « élites » (à l'école, à l'armée, à l'usine, …).

C'est donner à l'autorité d'autres fondements : celui de la compétence, celui du pouvoir reconnu parce que discuté, délégué et contrôlé. C'est donc abolir la monarchie dans l'entreprise. C'est élargir en permanence les droits des travailleurs. C'est permettre à la collectivité par la formation permanente d'éviter que les décisions soient prises par un petit groupe d'hommes au nom du capital qu'ils administrent et orientent.

Il faut rendre à la collectivité le contrôle de la fabrication de certains produits nécessaires à la nation sans nuire à la qualité du milieu de vie naturel.

Une région a un visage propre. Il faut le respecter, le préserver ! On ne peut plus accepter ces épais brouillards noirs empestant nos villages, irritant nos yeux et rongeant nos façades.

Ces rivières aux eaux troubles charriant des poissons morts, ces épandages sauvages, tout cela n'évoque-t-il pas un mal qui ronge la nature, qui empoisonne notre environnement ?

Il nous faut redécouvrir le prix de la santé.

Etre en bonne santé, c'est bien différent de ne pas être malade. C'est d'abord être suffisamment actif et dynamique pour surmonter les déséquilibres et les tensions liés à la nature humaine comme à la vie sociale.

Mener une politique de santé, c'est informer, éduquer, prévenir, guérir, rendre la vie.

C'est donc agir sur les conditions de travail, sur le niveau et le cadre de vie, sur la nature des produits fabriqués.

Changer la vie, notre vie, c'est faire sauter les cloisons qui isolent les différentes catégories de citoyens :

Les jeunes travailleurs ici, les étudiants là, les personnes âgées ailleurs.

C'est toute la population qui doit pouvoir bénéficier d'équipements adaptés à ses besoins et s'y rencontrer. C'est aussi et surtout donner la gestion et la responsabilité de ces équipements à l'ensemble des utilisateurs.

Changer la vie, c'est aussi respecter le caractère rural de notre région.

C'est conquérir et construire l'espace dans lequel nous voulons vivre.

C'est décider que la cité soit le résultat d'une création démocratique.

C'est faire que cette cité soit un centre où les rencontres et le plaisir de se rencontrer donnent un véritable sens à la vie sociale.

Changer la vie, c'est mettre en place et gérer des institutions nouvelles où la responsabilité individuelle et collective remplacera la hiérarchie autoritaire.

C'est mettre en cause une société capitaliste et productiviste qui fait peu de cas des handicapés, des inadaptés, des marginaux qu'elle maintient dans un statut d'assistés perpétuels.

Changer la vie, c'est donc réserver une place plus importante aux opprimés, aux plus défavorisés, c'est-à-dire aux femmes, aux jeunes, aux vieux, aux immigrés.

Le sens de notre combat, c'est avant tout la conquête de toutes les données qui permettent de maîtriser et donc d'améliorer notre situation individuelle et collective.

Jeter les bases d'un autre système d'information, plus proche des citoyens, contrôlé par eux, utiles pour eux et pour la qualité des relations sociales : c'est que le CESEP propose.

Une pédagogie de l'action, une formation collective utilisant toutes les ressources de la technique moderne, une réflexion féconde débouchant sur une action transformatrice, voilà l'ambition, voilà la détermination, voilà l'objectif du CESEP.

C'est à nous, ensemble, d'entreprendre le sauvetage de notre région ;

C'est à nous qu'il appartient de donner un nouveau visage à ce Brabant Wallon qui nous est si cher ;

C'est à nous qu'il appartient d'y cons-truire une véritable société du bonheur.1

 

L’EDUCATION PERMANENTE EST UN COMBAT
Nous pourrions passer beaucoup de temps à nous renvoyer les définitions de l’éducation permanente, dans l’espoir d’aboutir à cette synthèse devant laquelle chacun s’exclamerait : « c’est cela ». Nous progresserions incontestablement sur le plan abstrait.
Or ce qui nous intéresse, c’est la réalité concrète recouverte par le label « éducation permanente ». Si cette réalité est encore inexistante, nous devons définir celle que nous voulons façonner, ce qui suppose des choix et des priorités.
L’unanimité approbatrice qui entoure l’idée d’éducation permanente nous invite à la méfiance : elle dissimule en fait des divergences profondes, aussi profondes que l’écart qui subsiste entre les classes sociales. Tout le monde est pour la nature, tout le monde est pour le progrès, tout le monde est pour la justice…la liberté…


QUELLE EDUCATION PERMANENTE ?
Celle qui vous permet de vous adapter à-un-monde-en-perpétuel-changement, ou celle qui vous donne les moyens de comprendre les structures sociales et de les modifier pour une plus grande justice ?
Celle qui assure un recyclage professionnel dans la mesure où il garantit une meilleure productivité et un pouvoir accru de l’entreprise, ou celle qui vous permet de choisir votre métier et la manière de l’exercer, de le gérer ?
L’éducation permanente n’est pas un catalogue de matière mais un moyen de se réapproprier la société.


L’EDUCATION PERMANENTE POUR QUI ?
Pour tous, autrement dit pour les plus favorisés ; ou d’abord pour ceux à qui sont refusés les moyens de savoir, de comprendre, d’imaginer et d’agir, autrement dit pour les exploités ?
Pour quelques individus soucieux de gravir les échelons d’une pyramide sociale intangible, ou pour des collectivités dont le développement éducatif conditionne le développement économique et social ?
Il faudra agir inégalement pour (r)établir l’égalité.


L’EDUCATION PERMANENTE COMMENT ?
Notre spécificité doit se rechercher aussi dans les méthodes sous peine de retomber sous la domination que l’éducation permanente, notre éducation permanente, veut combattre.
L’éducation permanente n’est pas un objectif commun partagé par toutes les classes de la société, c’est un champ de lutte dont nous fixerons les contours et le type de combat qui doit s’y mener. (2)

 

Ces textes datent de 1976 !

Rédigés collectivement par les fondateurs du CESEP, réunis autour de Valmy Féaux , à l'époque conseiller communal de l'opposition à Ottignies et chargé de cours à l'ULB.
37 ans plus tard, il n'y a rien à retirer !

 

Serge NOËL , Directeur du CESEP

 

 

1. Texte du montage dias du projet CESEP 
2. Extraits du texte »politique »  du projet CESEP