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Le Vlaams Belang est le seul partenaire officiel du Front National francais qui assène un monumental camouflet à une extrême-droite francophone plus divisée que jamais.

Aux élections législatives de 2003, le VB s'était déjà présenté dans le Hainaut avec une liste électorale de 19 candidats. Il avait obtenu 0,7 %, pour 7 % pour le Front national wallon. Aujourd'hui, celui-ci a implosé et le VB peut espérer capter une partie de l'électorat protestataire et affaiblir les micro-partis d'extrême « locaux ». C'est le sens de la liste « Balayons les ordures politiques » qui devrait être déposée sur les terres de di Rupo. Et C'est le même scénario qui devrait se jouer à Bruxelles avec le soutien officiel d'une locomotive : Marine Le Pen. La présidente du Front National français se dit en phase avec le programme séparatiste du VB. Pour elle, la Belgique est la preuve de l'échec du multiculturalisme. La Flandre doit devenir un état indépendant et la Wallonie a vocation à se rattacher à la France. En avril, Marine Le Pen devrait participer à un meeting du VB dans la capitale et tourner encore un peu plus le dos à l'extrême-droite francophone, considérée comme ringarde, divisée et non professionnelle.

Fédérer les courants
Manuel Abramowicz, rédacteur en chef du magazine Resistance : « Le FN wallon a échoué dans sa tentative de fédération des différents courants d'extrême-droite. A l'inverse de la Flandre, de la France, de l'Allemagne et des pays scandinaves, le paysage de l'extrême-droite francophone est atomisé depuis l'auto-dissolution du FN réalisée à la demande expresse de Marine Le Pen. ». Le Front National wallon a été créé par Daniel Féret en 85. Il a réussi une première percée électorale en 88 avec l'élection d'un premier conseiller communal, confirmée en 89 avec l'élection de deux députés régionaux. A ce moment, Féret travaillera à rassembler l'ensemble des courants de l'extrême-droite, des néo-fascistes et des néo-rexistes au Parti Libéral Chrétien en passant par Nouvelle .droite. Le parti attirera aussi des transfuges du PSC et du PRL comme Roger Nols, Charles Pire et encore Charles Petijean ». Mais des conflits internes vont laminer le FN.

Conflits internes
Pascal Dewit, professeur de sciences politiques à l'ULB : « En dépit d'élections porteuses – européennes de juin 1994, communales d'octobre 1995 et nationales et régionales de mai 1995, l'évolution du FN est émaillée de conflits internes dont l'ampleur s'est accrue depuis les succès électoraux du parti. Ces conflits se soldent fréquemment par des exclusions ou des départs. Après les élections communales de 1994, Patrick Sessler, un ancien du PFN et un temps l'idéologue du FN, constitue avec d'autres élus bruxellois l'Alliance radicale. En Wallonie, Joseph Franz a constitué un temps le parti Droite nationale. Enfin, Marguerite Bastien, une des deux élus à la Chambre en 1995, a été expulsée du FN. Elle décide de créer un nouveau « Front national ». Une décision de la conférence des présidents de groupe de la Chambre l'a privée de l'utilisation de cette appellation. Bastien a de la sorte renommé son parti : Front nouveau de Belgique ».

Convention de bon ton avec le FN français
Pascal Dewit : « Et puis il y aura la tentative de putch de 2007 avec l'essai de renversement de son président fondateur Daniel Feret par Michel Delacroix qui va finir par se retirer et créer un Front National rénové. Longtemps divisé en deux entités revendiquant le même nom, le Front National belge s'était « réunifié » au printemps 2010 en vue des élections législatives anticipées du 13 juin où il n'avait pu, avec ses 33.500 voix, décrocher aucun strapontin, un résultat bien en deçà de son résultat de 2007. Un an plus tard, le torchon brûlera entre Charles Pire et Patrick Cocriamont, le premier prenant la présidence au second. On va alors se trouver devant deux formations concurrentes se réclamant toutes deux de la paternité du FN français. En fait, c'est bien Charles Pire, alors à la tête du FN « réunifié » qui a signé le 28 février 2011 une convention avec Marine Le Pen et le FN français. Dans cette convention, il était stipulé que ces derniers confiaient « à Charles Pire, Président f.f. du Front National (Belgique), l'usage des noms, sigle (FN) et flamme (noire - jaune - rouge) du Front National à charge pour lui de développer le parti en Belgique francophone ». Une seconde convention fut signée, le 4 avril de la même année, pour une durée d'un an. Elle confirmait la cession d'usage du sigle FN, du nom « Front national » et de la flamme noir, jaune, rouge, à Charles Pire, en sa qualité de président du FN belge reconnu comme tel par les Français. La présidente frontiste le considérant comme une personne respectable sans liens extrémistes, racistes et anti-sémites. La même convention mentionnait également que Marine Le Pen se réservait le droit de mettre fin à tout moment et sans préavis ni motif à invoquer, à ladite cession d'usage ».

Un problème de Nation
C'est ce qui sera fait le 19 janvier 2012. A ce moment, plus aucun parti ne pourra utiliser le nom « Front national », ses initiales et son emblème, la flamme tricolore. Manu Abramovitch : « Nous avons enquêté sur le sujet. L'explication, c'est que deux membres de Nation siègent au bureau politique du FN dirigé par Charles Pire. Un projet de Cartel électoral FN Nation est prévu dans la perspective des élections communales de 2012 et dans la foulée des échéances de 2014. Or Nation a des liens avec des mouvements dissidents qui se sont constitués à la suite de l'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen ». Suite à l'injonction juridique de Marine Le Pen, Charles Pire va fonder la Nouvelle Wallonie Alternative tandis que l'organisation dirigée par Patrick Cocriamont sera rebaptisée Démocratie Nationale. Le FN canal historique prendra le label de Fédération des Nationalistes Wallons. Ladite fédération a annoncé la mise en place du cartel électoral « Front Wallon » pour les prochaines élections.

Les piliers belgicains et régionalistes
Manuel Abramowicz : « L'extrême-droite francophone repose sur deux piliers. Il y a ceux que l'on pourrait appeler les belgicains, qui revendiquent une belgique unitaire. Ce sont des micro-partis qui tournent autour des restes du FN. On peut y inclure Démocratie Nationale et Nation, le parti Plus, le parti des pensionnés de la région liégeoise ou encore Nouvelle Wallonie Alternative qui se présente comme l'alternative de défense face au rouleau compresseur de la NVA. On va les retrouver pour les élections européennes sous le nom de FN Européen. C'est un réseau qui existe en dehors du FN français et que Marine Le Pen aura peut-être plus de mal à faire condamner. Le régionalisme wallon constitue le deuxième pilier. Ni rattachistes ni confédéralistes, ses membres mettent en avant la Wallonie. Ici on va retrouver « Wallonie d'abord » et le nouveau « Front Wallon ». Dans un sondage publié en novembre de l'année passée, Wallonie d'abord était crédité de 3,1 % pour l'ensemble de la Wallonie. Un chiffre à comparer aux 2 % des précédentes élections. Cette croissance se fait sans militantisme. Wallonie d'Abord, c'est un tout groupe d'une dizaine de personnes âgées qui ne sont pas du tout actives entre les élections ».

Repli identitaire wallon
« La question qui se pose est celle-ci : est-ce que ce sont les idées de l'extrême-droite qui montent ou est-ce un succès de label ? Dans les années 60 et 70, l'appellation « Wallon » n'était pas porteuse. Ici, c'est un nouveau phénomène. Face à la N-VA, il semblerait qu'un repli identitaire se forme. Le Front Wallon n'aura pas de difficulté à réunir les signatures nécessaires à la constitution de listes électorales. D'après nos informations, 9 personnes contactées sur 10 sont d'accord de signer pour le dépôt d'une liste FW. Pour un parti comme Nation par exemple, le rapport est de 1 sur 10. Et le Front Wallon compte dans ses rangs des professionnels de la politique, dont Charles PetitJean, l'ancien bourgmestre de Pont-à-Celles, un ancien PRL. Il faudra donc suivre attentivement les résultats de ce cartel électoral qui prend apparemment langue avec différents micro-partis de droite nationale, d'extrême-droite et populistes ou dans tous les cas avec des « cadres » de ceux-ci à titre individuel. Sont notamment cités : la branche liégeoise du Nouvel Elan Wallon (NEW), le Parti des Pensionnés (PP), l'Entente Démocratique Belge (EDB) active dans la commune liégeoise de Saint-Nicolas, la Nouvelle Wallonie Alternative (NWA), les animateurs namurois du blog « Citoyenneté et Résistance » (déjà liés à la FNW) et également des membres du Front National belge (« canal historique »).