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Par Chantal DRICOT

 

 

Rencontre avec une oeuvrière1

 

Cette analyse est issue d’un entretien avec Fabienne DENONCIN, juge de paix à Châtelet où la salle d’audience du tribunal est bouleversante d’humanité grâce aux portraits qui l‘habitent. Ces portraits ce sont ceux des gens qu’elle entend, qu’elle écoute et qu’elle photographie.
Nous l’avions rencontrée en mai dernier lors des Marches des réparations2, nous sommes retournés la voir pour en savoir un peu plus sur le sens de sa démarche.

 

 

 

« Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue. » Victor hugo.

 

 

Une idée apprivoisée
Une idée flottait, un peu volatile, un peu indomptée dans un coin de ma tête. J’étais juge de paix depuis dix ans quand j’ai décidé de la concrétiser. En la mettant en œuvre, je voulais en réalité deux choses. Je voulais d’une part traduire toute l’intensité des situations que la justice de paix est amenée à traiter ; une intensité qui ne se voit pas nécessairement au premier coup d’œil et qui est, je pense, largement méconnue. Je voulais aussi humaniser les lieux parce que précisément je trouvais qu’il y avait un grand décalage entre cette intensité, cette richesse dans les rencontres judiciaires et la froideur du bâtiment. Ça n’allait vraiment pas ensemble. J’ai réfléchi à la manière de réduire cet écart et je suis arrivée à la conclusion que la photographie avec sa forte puissance d’évocation pouvait me le permettre. Les ima-ges, les photos pouvaient témoigner des situations rencontrées, susciter la discussion sur le travail judicaire et humaniser les lieux.
Je ne pratiquais pas la photographie ; en tous cas pas avec du contenu et de l’engagement mais je m’y intéressais de près à travers les photos des autres, des documentaires ou des expos. C’est progressivement devenu une idée fixe, dans le bon sens du terme. Alors, je me suis lancée dans l’aventure. Je me suis inscrite dans une formation courte à Charleroi pour me familiariser avec le fonctionnement de l’appareil numérique. Par respect pour les gens que j’allais photographier, ça me paraissait important d’apprendre à faire une bonne photo.

 

 

Juge d’abord, …
Etre juge de paix, cela implique de nombreux contacts avec les gens. Les compétences propres à ce métier amènent le juge à traiter des questions de budget, de famille, de logement ou d’autonomie personnelle, c’est-à-dire des matières qui touchent à la vie quotidienne des gens et à leur intimité. Les rencontres sont donc à la fois fréquentes et fortes et les situations parfois difficiles à gérer. Sur la manière de procéder, la première chose à relever est que je faisais d’abord mon travail. J’étais dans l’entretien, dans mon dossier. Je ne parlais pas de photographie car je ne voulais pas que ça ait une quelconque influence sur mon travail professionnel. Après, une fois l’entretien terminé, je « changeais de casquette ». A ce moment-là, je pouvais montrer mon appareil photo et expliquer mon projet. Je tenais à ce que ça se passe tout de suite, dans la foulée de l’entretien. Je ne voulais pas revenir en disant aux personnes « vous vous souvenez, je suis la juge de paix qui… ».

 

 

Un dialogue prétexte à photographie…
Précisément, je tenais à ce que l’intensité de l’échange soit présente dans la photo. Dans les matières sur lesquelles on se prononce, les décisions prises peuvent être lourdes pour les personnes, notamment en termes de privation de libertés et de limitation de l’autonomie. Il peut être question, en fonction du dossier, d’être privé de la gestion de son revenu, ou de ses allées et venues, ou du choix de son médecin, ou encore d’être contraint à l’enfermement psychiatrique, etc... Ce ne sont évidemment pas des décisions simples ni banales. La photo révèle les ressentis des personnes ; elle raconte aussi le rôle du juge de proximité Ce qui m’intéresse dans la démarche, c’est de rappeler que la personne est notre préoccupation majeure et au cœur de ces décisions. Prise sur le moment, la photo est le témoin de cette relation.

Bien sûr, je n’ai pas toujours souhaité prendre une photo, durant cette période de reportage qui a duré environ un an et demi. L’intention est de restaurer la dig-nité des gens, de les mettre en valeur. La photographie ne peut être le vecteur de l’indécence, de l’indignité ou de l’impudeur. A l’inverse, être dans l’immédiateté de l’entretien garantit que les gens s’ouvrent à l’échange photographique. Et ça se voit. Ils regardent, ils sourient ou pas selon leur situation mais ils sont dans l’acceptation de l’image, dans l’acceptation du témoignage. C’est ce que je leur dis, ce que je leur explique : « moi je veux bien témoigner mais de quoi ? C’est vous qui allez témoigner avec moi. Je n’ai pas la parole. Je vous donne la parole par l’image. » Et derrière l’image, il y a les mots, enfin j’espère.

 

 

Personne ne m’a dit non
Je n’ai effectivement pas eu de refus et les réponses positives que je recevais n’étaient pas timides. Ce n’était pas des oui peureux ou obligés. Ça a parfois suscité des réactions d’émotions très fortes, de rire, ou de chagrin, ou de merci. Certains ont pleuré, d’autres m’ont serrée dans leurs bras, d’autres encore me prenaient la main et ne la lâchaient plus. Je rencontre des gens très seuls, très isolés socialement. Je pense qu’ils étaient à la fois soulagés que j’ai terminé ce que j’avais à faire avec eux et contents que je leur propose de participer à ma démarche.
Ça m’a permis de constater que la photographie crée avec les gens un lien absolument formidable. Et ça fonctionne aussi avec des personnes qui n’ont plus l’usage de la parole. C’est assez fabuleux de voir leurs réactions. Je prends en photo, je montre mon appareil, je fais signe. Les contacts sont souvent physiques. Je prends la main. Même quand je n’ai pas mon appareil, d’ailleurs, je prends souvent la main des personnes qui ne peuvent pas s’exprimer ou qui doivent être rassurées. Et ces personnes qui ne parlent plus se manifestent. Elles ont une réaction et se remettent en lien sans parler. Rien que le fait d’avoir pris la photo, d’avoir expliqué, d’avoir souri. Je peux vous raconter des histoires à l’infini. Dans ces moments-là, on sort de la relation strictement professionnelle. Pas totalement bien sûr ! Je reste la juge de paix mais en même temps, on est passé à autre chose. On est dans une rencontre d’humain à humain et je ne crois vraiment pas que cela fausse le travail Bien au contraire.

 

 

Et puis, il y a le métier !
Avec le métier, on sait, on sent jusqu’où aller. On sait aussi qu’on a des obligations. Je ne parle pas de neutralité ! La neutralité totale, ça n’existe pas ! C’est un concept abstrait. J’évoque ici l’indépendance et l’impartialité indispensables dans la prise de décisions judiciaires. C’est cette limite qu’il est important de sentir pour ne pas se retrouver dans une situation où l’indépendance s’en trouverait réduite. D’ailleurs, la grande majorité des photos a été prise dans le cadre de dossiers protectionnels. Ce sont des dossiers d’administration où la personne est déclarée incapable de gérer ses biens et/ou de se gérer elle-même. C’est une décision privative de certaines libertés qu’il est parfois difficile d’accepter pour la personne qui se trouve dans ce moment précis ou cette situation de vie. Ce ne sont donc pas des dossiers qui relèvent d’un conflit entre deux parties. Dans ces cas-là, je préfère ne pas prendre de photos parce que cela pourrait être ressenti comme une forme de partialité.
Pour la même raison, je n’ai fait qu’une seule fois des photos à l’audience publique. Parce que les gens y plaident les uns contre les autres ou y sont représentés par leurs avocats. Cette fois-là, je me suis fait remplacer. Je ne m’imaginais pas traiter un litige et rendre un jugement, condamner quelqu’un et faire des photos ensuite. Ca ne peut pas se faire. Pourtant il aurait été dommage de ne pas rendre compte de ce que les gens ressentent dans la salle d’audience. C’est d’ailleurs assez frappant de voir ce que traduit le regard des gens quand ils comparaissent devant le magistrat pour sauver un logement, pour expliquer une situation familiale compliquée, etc. C’est important de savoir qu’il y a du stress, de la fatigue, de la tristesse, de la colère etc.. Mais je ne l’ai fait qu’une seule fois parce que bon ! Je suis juge, pas photographe !

 

 

Pas de photo volée,
Le jour de l’audience, ça a bien fonctionné. Je suis venue un plus tôt. J’ai pris le temps d’expliquer que j’étais le juge effectif et que j’allais me faire remplacer par une juge suppléante et pourquoi ; que j’allais rester dans la salle pour faire des photos et avec quelle intention. Bien sûr, j’ai précisé que si une personne souhaitait ne pas être photographiée, il suffisait qu’elle me fasse un petit signe. Ça s’est passé comme ça, simplement et ça a bien fonctionné. Naturellement, il faut expliquer, mettre en confiance mais c’est ça aussi le métier de juge : expliquer et mettre en confiance. La photographie aussi d’ailleurs. Lors de tous les travaux photographiques que j’ai réalisés , je n’ai jamais pris de photo volée. Je ne prends pas de photos volées. Les sujets abordés - par exemple celui des personnes en situation de sans-abrisme et de grande précarité ne se prêtent pas à des photos volées. Ces reportages, je les ai réalisés en dehors de mon terrain professionnel et à titre privé. Je n’étais pas journaliste, mais je n’étais pas non plus photographe. La question fréquente était « mais vous êtes quoi alors ?! ». Je répondais : « je suis juge, juge de paix ». Ca suscitait des discussions sur la justice et souvent ça se terminait en disant « Ben ! Je ne verrai plus les juges de la même façon !» En soi, c’était déjà un beau résultat.

 

 

Un joyeux mélange
Les photographies réalisées lors du reportage dédié à la justice de proximité sont exposées ici dans la salle d’audience où elles se trouvent toujours. Cette exposition a donné lieu à un vernissage qui a été un moment plein de belles rencontres. Il y avait beaucoup de monde. Il y avait les greffiers qui sont très complices de la démarche même si elle prolonge parfois leur temps de travail. Il y avait des gens d’horizons fort différents : du milieu judiciaire, du milieu photographique et puis quelques personnes photographiées elles-mêmes. Je pense notamment à David dont le portrait est sur l’affiche de l’exposition. Avec lui une relation complice s’est créée, sans doute parce qu’il s’était senti vraiment valorisé. Il n’avait plus de dossier ici mais il passait me dire bonjour, ou m’apporter un brin de muguet au premier mai. C’était quelqu’un d’extrêmement touchant. Il est malheureusement décédé il y a un an. A l’occasion de journal. Et le jour du vernissage, c’était la star. Il était malentendant et avait de réelles difficultés d’expression. Ce soir-là, il est venu avec quelques copains sourds et malentendants et ils se sont mis à discuter, notamment avec des magistrats. C’est un beau résultat quand des gens différents se mélangent, quand les différences premières disparaissent pour laisser la place à l’essentiel : la rencontre ! Ça m’a donné confiance dans mes choix. Cette soirée de vernissage fut un très beau moment, très intense.

 

 

Un outil de travail
Quelques années plus tard, l’exposition habille toujours les murs de la salle d’audience et est toujours visible. Je continue bien entendu à faire des photos. Un jour, j’aimerais en faire un livre mais pour l’heure, elles n’ont pas vocation à être exposées ou diffusées. Elles viennent grossir la base de données dans laquelle j’irai puiser si ce jour-là arrive, avec l’accord des personnes bien entendu. En attendant, elles sont un outil de travail précieux. Les dossiers d’administration se sont accumulés. Il y en a des centaines et je ne me souviens pas toujours de la personne en voyant le nom. La photo collée dans le dossier m’aide à rentrer dans l’histoire de la personne et à me reconnecter avec elle et sa situation. Dans les dossiers dont il s’agit, il peut parfois y avoir une forme de répétition mais en même temps, les décisions doivent être très adaptées, calibrées aux situations spécifiques et aux personnes. Avec la photo , je vois, je sais qui est concerné et ça me donne l’impression de travailler mieux. Ça me permet d’inscrire les trois lignes qui personnaliseront plus encore la décision. Et bien entendu, comme pour les photos précédentes, ça me permet d’entrer en contact autrement avec les gens. C’est toujours aussi gratifiant de voir à quel point ils s’amusent avec les photos. Et puis avec l’expérience, de temps en temps, je me dis wouaw ! ça, c’est quand même une bonne photo ! Je la retiens pour le jour où !

 

 

Le témoignage d’un juge de paix
Je ne recherche pas à mettre des coups de projecteurs sur ma personne ou sur ce que je fais. Par contre, si ma démarche suscite des réflexions et discussions sur notre rôle, sur la manière dont il est perçu et permet de faire mieux connaitre notre métier, je m’en réjouis. C’est vrai que ces photos sont une l’exposition, il était très fier d’avoir sa photo dans le manière de défendre ma profession, avec ses enjeux, ses difficultés ; de souligner l’intensité des matières et des situations auxquelles les juges de paix sont confrontés. Les juges n’ont pas l’habitude de beaucoup s’exprimer ou le font avec prudence . Alors tant mieux si ce sont les photos qui disent : « Voilà ! Ce qui se passe dans une justice de paix, c’est ça ! » Bien sûr, cette profession est représentée par des magistrats avec des personnalités différentes. Certains donneront le sentiment d’être plus proches ou plus chaleureux et d’autres maintiendront peut-être une autre distance, ce qui ne signifie pas non plus qu’ils sont insensibles. Mais tous les jours, tous, nous sommes amenés à nous prononcer dans des dossiers où des personnes sont confrontées aux accidents de la vie ; à prendre des décisions lourdes de conséquences, parfois désagréables. Il est intéressant que les photos suscitent sinon la discussion au moins la réflexion sur le rôle du juge dans des situations comme la mise en observation des malades mentaux ou l’expulsion d’un logement, par exemple et révèlent qu’il place les personnes concernées au cœur de sa réflexion.

 

 

Comme un rouleau compresseur
La situation des justices de paix est déplorable.
Un projet de loi déposé au Parlement prévoit une réduction des justices de paix de 10%. voire 14 % dans le Hainaut. Ce qui signifie l’augmentation du nombre de dossiers par juge parce que les gens, les territoires ne disparaissent pas. Donc les cantons seront redes-sinés . Les compétences s’élargissent sans développement des moyens supplémentaires, en personnel, en locaux etc .La réforme est à l’image d’un rouleau compresseur qui avance, sans aucune concertation ni discussion possibles. Prévue dans l’accord gouvernemental, elle sera votée, majorité contre opposition. La presse évoque parfois l’hypothèse d’un agenda caché où les mesures annoncées qui grignotent et détricotent le système de la justice de proximité ne sont jamais qu’une partie de ce qui est envisagé : la suppression de celle-ci, à moyen terme. Lorsque la justice de proximité est malmenée, c’est l’accès à la justice qui en pâtit.

 

 

Colère …
Au nom de l’austérité, on exige que les secteurs participent aux économies imposées. Je ne suis pas d’accord avec ce principe car certains secteurs échappent à l’effort collectif. C’est l’ensemble des services publics qui est touché et donc le bien commun qui est blessé. La justice a besoin de moyens pour assurer la protection des droits, rendre le ser-vice public primordial dans une démocratie qu’est la protéction des droits. Et je travaille dans un canton où la situation économique et sociale est difficile, elle compte beaucoup de logements sociaux et des gens qui n’ont pratiquement rien pour vivre. Sur cette si-tuation de précarité déjà très, très compliquée, on programme la suppression de justices de paix. On éloigne le juge de proximité, on complique l’accès à la justice de proximité. Par l’éloignement géographique mais aussi par le manque de disponibilités et de moyens des juges. Et forcément, plus le métier devient difficile et moins la fonction attire. Il y a des justices de paix où les postes vacants ne trouvent pas de candidat. 

Ma démarche photographique, je l’ai envisagée au début comme un acte de résistance à la déshuma-nisation ambiante. Je pensais à la déshumanisation de la société en général où les gens ne se regardent plus, ne se parlent plus. Dans cette perspective, proposer de prendre une photo, symboliquement, ça voulait dire « tu me prêtes ton image pour que je puisse dire que c’est toi qui es au cœur des préoccupations. Rappeler qu’on n’est pas dans une usine à jugements et qu’un dossier n’est pas un numéro mais que chaque fois, il y a un visage à l’intérieur ».

 

 

… résistance…
C’est ce que j’ai dit en 2011 et aujourd’hui, j’ai envie de le réaffirmer plus fort, parce que la situation a empiré et que la démarche garde toute son actualité, toute sa pertinence et toute sa justesse.
Les options prises, sont des choix de valeurs qui induisent un recul au niveau du respect des personnes, du vivre ensemble, du bien commun. Et la justice de paix n’a pas le monopole de cette situation. Le même recul se manifeste partout. Le budget de la justice est loin de correspondre à ce dont le pouvoir judiciaire, un des trois pouvoirs de l’Etat, a besoin pour rendre le service qui lui incombe en vertu de la Constitution. Et voilà que des mesures qui blessent parfois au passage certaines garanties démocratiques, le réduisent encore au prétexte de cette austérité qui tarde à démontrer son efficacité.

En supprimant des justices de paix, on éloigne géographiquement le juge du citoyen, on le rend un peu plus inaccessible. De la même manière, par un tas de mesures financières destinées à «« diminuer l’input »» c’est-à-dire le nombre de cas à traiter, on réduit l’accès à la justice en général. C’est très basique finalement. Résister c’est témoigner, se faire entendre par d’autres biais, qui sont suffisamment forts pour être entendus, vus et sortent des modes conventionnels de contradiction qui ne suscitent plus ni l’écoute ni l’intérêt. Il faut aussi travailler sur le terrain en veillant à rester soi-même, en veillant à rester quelqu’un d’humain et d’empathique. Soit on capitule, soit on résiste. Et résister, cela signifie utiliser son énergie à des fins choisies. Cela signifie l’injecter dans des marches, dans des photos… dans des formes renouvelées d’humanisme.

 

 

… et moments d’exception
On en revient à l’intérêt de la photographie qui permet d’associer une matière parfois dense à une sorte de légèreté. Et d’accéder aussi à des moments d’exception. Je me souviens de cette famille d’origine italienne. Ils ont trois fils chacun affecté d’un handicap physique et mental important. Ils vivent avec leurs parents aujourd’hui âgés, dans une maison construite mois après mois, année après année au pied d’un terril, aménagée de plain-pied. J’ai traité le dossier comme cela devait se faire par priorité. Ensuite, j’ai demandé à prendre une photo pour mon dossier. Tous riaient, tous, les trois fils aussi. Les parents ont alors sorti l’album de photos de famille pour montrer l’évolution des « gamins », handicapés dès la naissance mais aussi pour me dire qu’ils les avaient choyés du mieux qu’ils pouvaient. Je leur ai proposé de les prendre en photo avec l’album ouvert sur une de leurs photos préférées. C’était fabuleux. Et plus personne ne parlait plus du dossier mais de la vie, leur vie. La vie et rien d’autre. Ce sont là de vrais moments d’exception qui redonnent du sens à ce que l’on fait.

Prendre des photos dans le cadre de mon activité professionnelle pour susciter la connaissance et une réflexion sur le rôle du juge. Poser une série de questions : est-ce quelqu’un qui sanctionne tout le temps ? Qui restaure un lien ? Qui répare une fracture ? Qui redonne de la paix sociale là où elle a disparu, y compris dans un rapport binaire d’individu à individu ou plus collectif ? Sans doute tout cela.

Prendre des photos pour révéler toute la richesse de la rencontre, fût-elle judiciaire.

 

 

« La grande chance de la photographie réside dans sa capacité à éveiller un sentiment d’humanité » James NACHTWEY

 

 

 

1. En référence au « Manifeste des oeuvriers » de Bernard Lubat, Charles Silvestre et Roland Gori, Avril 2017, dont voici le texte de 4ème de couverture : « Le désir de retour à l’œuvre sonne à toutes les portes de la vie : la vie de l’humain qu’on soigne, qu’on éduque, à qui on rend justice, qui s’informe, qui se cultive, qui joue, qui s’associe, qui se bat, fort de la solidarité qui s’offre à qui sait la chercher. Ce manifeste revendique la place de l'homme au centre des activités de production et création, pour lutter contre la normalisation technocratique et financière. »
2. http://www.acteursdestempspresents.be/